Götterdämmerung

21 novembre 2020


Version française

Le 3  novembre 2020 les électeurs américains ont posé le point final au débat qui choisit le prochain président des USA. Dès lors il restait à dépouiller les bulletins et les compter. Dans un pays de structure démocratique, la règle est simple : un électeur une voix. Ce processus parfaitement calibré donne un vainqueur du scrutin dans les heures qui suivent la clôture. Aux USA, les aléas de la législation électorale rendent le verdict soit incertain soit, et c’est pire encore, contraire à l’expression populaire. Ces aléas ont permis en 2016 la nomination d’un clown qui avait perdu le vote populaire.

Dès que sa candidature est devenue officielle courant 2015, je prédisais que, s’il était élu, le clown de l’immobilier ne tiendrait pas deux années. Malgré une procédure d’Impeachment, il aura tenu jusquau bout de son mandat. Son évidente incompétence, son narcissisme envahissant et son bagout de vendeur à la sauvette le disqualifiait pour tenir le rôle qu’un système électoral défaillant lui assignait malgré l’opposition de la volonté populaire. Lors de l’élection de 2016 le clown obtenait moins de voix que son adversaire, trois millions pour être précis. Il fut néanmoins nommé, pas élu, président. D’un point de vue éthique cette nomination pointe un réel défi, un déficit démocratique.

Mais où se trouve ce déficit démocratique ?
Ce déficit explose à la vue de chacun à travers trois axes visibles de tous.
Ces trois axes sont respectivement
– une communications mensongère et tautologique assaisonnée d’outrances de toutes sortes,
– la couardise des élus trumpiens adossée une vision court-termiste,
– la loi électorale de sélection du président.

Premier axe.
A travers le mensonge présidentiel élevé au niveau d’une évangile, mensonges permanents contre-dits par les faits, mensonges hurlés et répétés par des médias avides d’audiance, mensonges mollement critiqués, ce déni permanent de la réalité, gobé par une frange irréductible de l’électorat, conduit à une disparition de l’essence démocratique. Par l’usage assumé de la tautologie, par la répétition assumée de mensonges flagrants, cet environnement conduit à un déni de la réalité. Les exemples sont nombreux, parmi les plus toxiques on trouvera le déni de l’interférence russe, les pressions sur la présidence d’Ukraine, le refus de présenter ses déclarations de patrimoine et impôts, l’invention de complots internationaux… Ce discours clivant, structuré dans le mensonge permanent, manichéen, raciste,  sans contact avec la réalité, par essence xénophobe et populiste, en laminant les opinions divergentes de sa propre majorité et déniant aux contre-pouvoirs toute forme de dénonciation des crimes et délits d’une administration corrompue, le clown aura ouvert la voie aux mythes complotistes qui, par nature, détruisent la relation apaisée à autrui. L’autre est forcément mauvais, non par ses actes mais simplement par son existence. L’autre doit être détruit. Malgré l’évidence des mensonges, délits et crimes, la frousse de la confrontation avec une autorité dévoyée aura tétanisé une administration à la botte.

Deuxième axe.
Ce deuxième axe se structure autour de la représentation sénatoriale du parti dit Républicain. Les élus tenants de la majorité présidentielle trumpienne savent que la pression démographique leur est contraire. Ils souhaitent garder bien au chaud les avantages que l’état fédéral leur offre. En fait les élus du parti dit Républicain craignent avant tout les interférences  d’un président dans les élections primaires. La nature même des élections primaires permet au président de désigner le candidat de son choix. Aujourd’hui ces candidats à la désignation par les primaires auront donné des Master Class de lèche-bottisme. Cela dit, dans de nombreuses élections, celles des députés en particulier, ce mécanisme aura lamentablement montré ses limites, les élections intermédiaires auront porté une majorité de députés à la chambre. En revanche, les élections sénatoriales, par leur inertie liée aux modalités du scrutin, ces élections n’auront pas permis le changement de majorité attendu. Toutefois, tout n’est pas perdu. Dans le cas où les deux élections sénatoriales de Georgia donnent la victoire aux Démocrates, le deux camps seront à égalité de voix mais les Démocrates disposeront d’un avantage décisif grâce au vote du vice-président.

Troisième axe.
Le collège électoral, institution imposée il y a plus de deux siècles par les contraintes techniques du moment, a ouvert en moins de vingt ans la voie à un déni de l’expression populaire à deux reprises. En 2000 Bush junior gagne le vote du collège électoral par un tour de passe-passe en dépit de la perte du vote populaire. En 2016, la clown perd le vote populaire avec  millions de votes de moins qu’Hilary mais remporte la désignation par le collège électoral. Comme le clown l’avait annoncé lors de la campagne pour sa réélection, en déversant des tombereaux de mensonges, complots insensés, le clown et son parti trumpien tentent de truquer les élections. Pitoyable.

Souvenez-vous, si je perds c’est que la course est truquée !


Suite au commentaire de l’ami André, nantais de résidence et lecteur assidu (je l’en remercie), il me fallait insérer le lien qu’il nous propose en commentaire.

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1 réflexion sur « Götterdämmerung »

  1. AR

    Passionnant ! Trump et l’enquête russe – Un président déchaîné

    Le Washington Post a réalisé cette BD rythmée comme une saison de la série House of Cards. Le lecteur s’immerge au cœur de la Maison-Blanche et découvre un président des États-Unis prêt à tout pour empêcher l’investigation sur l’ingérence de la Russie dans son élection de 2016 : limoger le patron du FBI, renier son avocat personnel ou encore manipuler des faits.

    https://www.editionsgouttedor.com/single-post/2020/07/01/-trump-et-l-enqu%C3%AAte-russe-premi%C3%A8re-bd-en-co%C3%A9dition-avec-disclose

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