Ultra-Orthodox vs Talibans

25 juillet 2022

L’humanisme a toujours eu un problème à gérer la relation avec les extémistes de sa propre communauté. Et cette réflexion concerne aussi la plus vieille religion dite mono-théiste.

L’article suivant publié dans Aaretz le 15 novembre 2017 tente de faire un point sur ce sujet. Il est publié dans sa version originale dans la colonne de droite.

Humanism has always had a problem when it comes to the relationships that everyone has to manage when it comes to the extremists of their own community. And this reflection also concerns the oldest so-called mono-theistic religion.

The following article published in Aaretz on 15 November 2017 attempts to provide an update on this subject. It is published in its original version in the right-hand column.

Pourquoi les juifs ultra-orthodoxes ont-ils si peur des femmes ?

Quand il s’agit de l’observance du Shabbat et de la kashrut, les hommes ultra-orthodoxes ne ignorent leur incapacité à résister à la tentation, les femmes sont particulièrement présentes. Le ministre de l’Intérieur Arye Dery a récemment demandé l’abolition de l’interdiction de la ségrégation sexuelle lors d’événements publics (Haaretz, 20 octobre). Cela contredit la décision du ministère de la Justice, qui a été adoptée comme une résolution du cabinet. Arye Dery a affirmé qu’une telle interdiction est un abus de la minorité ultra-orthodoxe en Israël. En fait cette même minorité religieuse tente d’imposer à la majorité un comportement qui n’est acceptable qu’à elle seule.

Why Are ultra-Orthodox Jewish Men So Afraid of Women?

When it comes to Shabbat observance and kashrut, ultra-Orthodox men aren’t concerned about being unable to resist temptation, yet it is a different story when it comes to gender separation Interior Minister Arye Dery recently demanded the abolishment of the ban on gender segregation at public events (Haaretz, October 20). This contradicts the decision of the Justice Ministry, which was adopted as a cabinet resolution. Dery claimed that such a ban is an abuse of the ultra-Orthodox (or ultra-Orthodox) minority in Israel. This clearly disregards the fact that this same minority is trying to impose behavior on the majority that is acceptable only to them.

 

Le fanatisme religieux juif d’Israël s’infiltre en Amérique

La question qui en découle, à savoir l’exclusion des femmes, est la suivante : qu’est-ce qui rend les ultra-orthodoxes dingues dès que les hommes et des femmes sont à proximité les uns des autres. De quoi ont-ils peur ? Après tout, n’est-il pas écrit dans le premier chapitre de la Genèse : «Il créa les Hommes et les Femmes», sans discrimination.

Dans l’ère talmudique, Bruriah, l’épouse de Rabbi Meir, a été remarquée pour son savoir. De fait, elle fit honte aux sages de la Mishna.

Mon défunt grand-père avait une longue et épaisse barbe. Il veillait à observer tous les commandements, tant les mineurs que les majeurs. Il va sans dire que ma grand-mère et mon grand-père ont assisté ensemble à des événements culturels et à des mariages.

Dans la communauté ultra-orthodoxe d’aujourd’hui, non seulement les hommes et les femmes ne s’assoient pas ensemble aux célébrations, mais il y a même des entrées séparées aux endroits où les événements se déroulent. 

Israel’s Jewish ReligiousFanaticism Is Infiltrating America

The question arising from this – another part of the exclusion of women – is: What is it about men and women in close proximity that drives the ultra-Orthodox so crazy? What are they afraid of? After all, is it not written in the first chapter of Genesis: “Male and female created He them,” without discrimination.

And in the talmudic era, Bruriah, the wife of Rabbi Meir, was noted for her learning and put even sages of the Mishna to shame.

My late grandfather had a long, thick beard and was careful to observe all the commandments – the minor ones as well as the more serious ones. That my grandmother and grandfather sat together at cultural events and in wedding halls goes without saying.

In the ultra-Orthodox community today, not only do men and women not sit together at celebrations, there are even separate entrances to the places where the events are held.

La tendance à la séparation et à l’exclusion s’accentue : la lutte contre le service militaire mixte, l’interdiction pour les hommes de pouvoir entendre les femmes chanter, des zones de sièges séparées dans les bus et même des trottoirs séparés dans les quartiers ultra-orthodoxes.

Le sommet de l’absurdité est arrivé lorsque les femmes ont été exclues d’une conférence sur les questions liées à leur fécondité.

Cette tendance, qui jusqu’à récemment, ne se retrouvait que chez les ultra-orthodoxes ashkénazes extrémistes, s’est intensifiée et maintenant est aussi adoptée par les dirigeants spirituels et politiques de la communauté séfarade.

Ce qui est regrettable, c’est que cette communauté, qui a toujours excellé dans son ouverture, sa modération et sa tolérance en matière de foi et d’observance, se dénigre maintenant face à l’hégémonie ashkénaze.

L’exclusion des femmes est un signe clair de l’échec complet du système éducatif ultra-orthodoxe. Cette société est basée sur une discipline de fer, visant à l’obéissance aux règles halakhiques. Le juif ultra-orthodoxe est soumis dès ses premières paroles quand il ouvre les yeux le matin, «Modeh ani» ( Je rends grâce ). Puis, en se levant de son lit, il se doit de marcher d’abord sur sa jambe droite. Chaque morceau de nourriture à manger nécessite une bénédiction préalable. La tenue méticuleuse, qui est une forme d’uniforme, est aussi un signe de discipline. Les étudiants de la yeshiva consacrent leurs journées à la prière et à l’étude.

The trend of separation and exclusion is growing: The battle against coed military service; the prohibition on men being able to hear women sing; separate seating areas on buses, and even separate sidewalks in ultra-Orthodox neighborhoods.

The apex of absurdity came when women were excluded from a conference on issues related to women’s fertility.

This trend, which until recently was the province only of extremist Ashkenazi ultra-Orthodox, has intensified and now also been adopted by the spiritual and political leaders of the Sephardi community.

What is so regrettable is that this community, which has always excelled in its openness, moderation and pleasantness in matters of faith and observance, now denigrates itself in the face of the Ashkenazi hegemony.

The exclusion of women is a clear sign of the complete failure of the ultra-Orthodox educational system. This society is based on iron discipline, aimed at obedience to halakhic rulings. The ultra-Orthodox Jew is commanded from his first words when he opens his eyes in the morning, “Modeh ani” (“I give thanks”). Then, upon rising from his bed, he is instructed to step first on his right leg. Every piece of food to be eaten requires a prior blessing. The meticulous attire, which is a form of uniform, is also a sign of discipline. And yeshiva students’ entire days are supposed to be devoted to prayer and study.

Et pourtant, il y a cette peur qu’ils ne pourront pas résister à la tentation d’être près des femmes. Par conséquent ils doivent éliminer tout risque de peur que le mauvais désir ne les pousse à commettre un péché.

On pouvait sûrement s’attendre à ce que leur éducation et le style de vie dans lequel ils ont grandi leur accorderaient une plus grande résistance à la tentation que ceux qui ont été formés par l’éducation laïque et la société.  Quel échec colossal d’une telle sous-culture !

Sur d’autres sujets, comme l’observance du Shabbat et les règles du kashrut, il ne semble pas y avoir de difficulté significative à résister à la tentation du péché. Si tel est le cas, pourquoi sont-ils prêts à remuer ciel et terre afin de se confronter au grand public sur la question de la séparation des sexes ? Il me semble que la raison de cette peur se cache au plus profond, quelque chose que l’ultra-orthodoxe n’admettra jamais : ils ont la pétoche dès qu’il s’agit des femmes.

A Bnei Brak, Beit Shemesh et Beitar Ilit, les femmes ultra-orthodoxes sont les soutiens de famille. Les hommes étudiant à la yéchivah passent leurs journées à discuter les questions talmudiques. Si celles-ci exigent un effort intellectuel impressionnant, leur lien avec la vie réelle est très ténu. Ils se sentent obligés de répéter et de souligner qu’ils sont au centre de l’existence, et pour ce faire, ils doivent mettre en évidence l’infériorité des femmes et les exclure.

Ce qui est particulièrement regrettable, c’est le parallèle évident avec l’extrémisme croissant des sociétés islamiques traditionnelles et du tiers monde.

En conséquence, même les éléments les plus modérés de la société ultra-orthodoxe ne se posent pas en défenseurs de la société et n’exigent pas l’imposition de la règle « [Celui] qui humilie son ami en public n’a aucune place dans le monde à venir » (Pirkei Avot, Chapitre 3, 11). Peut-être ont-ils aussi trouvé une explication vague à cela, comme s’il s’agissait d’un ami masculin, pas d’un ami féminin.

Le professeur Rafi Walden est chirurgien et défenseur des droits de la personne.

And yet there is this fear they will not be able to withstand the temptation of being near women, and therefore they must remove even the smallest doubt – lest the evil urge cause them to commit a sin.

Surely it could be expected that their education and the closed lifestyle in which they grew up would grant them greater immunity than those educated in secular education and society, and would not create even a flicker of fear of deviation from the norms that bind them. What a colossal failure!

On other matters, such as Shabbat observance and kashrut rules, there appears to be no significant difficulty in resisting the temptation to sin.
If this is so, why are they willing to move heaven and earth to confront the general public on the matter of gender separation? It seems to me that the cause is something deeper, something the ultra-Orthodox will never admit: There is reason to be afraid.

In Bnei Brak, Beit Shemesh and Beitar Ilit, ultra-Orthodox women are the breadwinners. The yeshiva students spend their days deep in talmudic issues – which require an impressive intellectual effort, but whose connection to real life is very tenuous. They feel compelled to reiterate and emphasize that they are at the center of existence, and to do this they must highlight the inferiority of women and exclude them.

What is particularly unfortunate is the obvious parallel to what is taking place with the growing extremism of traditional Islamic societies and the Third World.

As a result, even the more moderate elements in ultra-Orthodox society have not come out in defense and are not demanding imposition of the rule: “[He] who humiliates his friend in public has no share in the World to Come” (Pirkei Avot, Chapter 3:11). Perhaps they have also found a vague explanation for this, such as it’s talking about a male friend, not a female one.

Prof. Rafi Walden is a surgeon and human rights activist.

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